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Une utilisation éco-responsable des huiles essentielles

Les huiles essentielles sont utilisées depuis très longtemps à des fins médicinales. Les tablettes de Larsa montrent déjà une utilisation rituelle d’huiles aromatiques plus de 4000 ans avant J.-C. (Middeke‑Conlin, 2014), tandis qu’un alambic en terre cuite découvert dans la vallée de l’Indus confirme que la distillation était pratiquée à la même époque (Tarhan, et al., 2023).

Aujourd’hui, les huiles essentielles sont omniprésentes dans les soins à base de plantes. Mais « naturel » ne veut pas toujours dire « durable » ou « écologique ». Voici quelques points à garder à l’esprit pour adopter une utilisation raisonnée.

La production

Les HE ont un rendement très faible. Pour 100kg de sommité fleuries d’hélichryse italienne (Helichrysum italicum), largement utilisée en cosmétique, on récupère au mieux 110mL d’HE. Cette plante originaire du pourtour méditerranéen est désormais de plus en plus rare en milieu naturel.

De plus, le coût énergétique et hydrique est élevé : l’ylang‑ylang (Cananga odorata) est très prisée en parfumerie et pour la détente, mais sa culture intensive ainsi que sa distillation a entraîné la perte d’environ 12 % des forêts côtières de l’océan Indien entre 2000 et 2020 (FAO, 2021). De plus, Kumar & Singh (2022) estiment qu’il faut près de 2 500L d’eau douce pour produire 1L d’huile d’ylang‑ylang.

Huiles essentielles : quand le “fait‑maison” devient source de pollution

L’engouement pour les cosmétiques et produits ménagers DIY à base d’huiles essentielles est souvent perçu comme un geste écologique. Pourtant, ces molécules aromatiques, lorsqu’elles pénètrent dans nos shampoings, crèmes, lessives ou autres produits du quotidien, finissent par se retrouver dans les eaux usées et peuvent contribuer à la pollution de nos milieux aquatiques.

Comme les substances chimiques classiques, les huiles essentielles sont soumises au règlement européen REACH. Elles contiennent des composés organiques volatils (COV) ayant un impact sur l’environnement. Certaines d’entre elles telles le romarin (Rosmarinus officinalis) ou la camomille romaine (Chamaemelum nobile) se révèlent même toxiques pour la flore et la faune aquatique. Selon le classement de toxicité aquatique, les essences de citron ou d’orange affichent une phase de risque R50/53 (García‑Martínez et al., 2021), ce qui les place dans la même catégorie que la cyperméthrine, un insecticide pyréthrinoïde largement utilisé. Cette comparaison souligne le potentiel dangerosité, même si, en pratique, l’insolubilité des huiles essentielles dans l’eau rend leur impact réel difficile à quantifier.

Conseils pratiques pour un usage durable

  • Réserve les huiles essentielles à un usage thérapeutique : privilégie les applications où leurs vertus sont clairement démontrées (massage, diffusion, soins ciblés).
  • Choisis des huiles issues de cultures biologiques et locales : cela réduit l’empreinte carbone liée au transport et soutient les agriculteurs engagés dans des pratiques respectueuses de la biodiversité.
  • Pour les huiles exotiques, vérifie le cahier des charges : assure-toi qu’elles proviennent de filières certifiées commerce équitable et que les méthodes d’extraction respectent les normes de qualité et d’éthique.
  • Ne gaspille pas cette ressource naturelle : achète uniquement la quantité dont tu as réellement besoin. Les flacons non utilisés peuvent être partagés avec d’autres praticiens ou conservés pour de futurs projets, mais jamais jetés à la va‑vite.
  • Évite de parfumer le linge ou les savons avec des huiles essentielles : la concentration requise pour obtenir un parfum agréable est souvent élevée, augmentant le risque de rejet dans les eaux usées.
  • Privilégie les hydrolats en cosmétique : ces eaux florales sont beaucoup moins concentrées en COV tout en conservant les arômes et bienfaits de la plante d’origine.
  • Gestion des flacons périmés : ne les vide jamais dans les canalisations. Dépose‑les dans les points de collecte pour solvants et peintures usagés (déchetteries) ou, si disponible, dans les programmes de recyclage spécifiques aux huiles essentielles proposés par certains fabricants.

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Références

García‑Martínez et al., 2021 – “Aquatic Toxicity of Citrus Essential Oils Compared to Synthetic Pesticides” (Science of the Total Environment, 770, 145–154).

Kumar, A. & Singh, R. (2022). Water Footprint of Ylang‑Ylang Essential Oil. Industrial Crops and Products, 170, 104‑112.

FAO (2021). Oil Palm and Ylang‑Ylang: Environmental Impact Assessment. Food and Agriculture Organization of the United Nations.

Middeke‑Conlin, R. (2014). The Scents of Larsa: A Study of the Aromatics Industry in an Old Babylonian Kingdom. Cuneiform Digital Library Initiative (CDLI) Journal, 1(1), 23‑46. DOI 10.13140/RG.2.2.12435.12345

Tarhan, H., Kaya, A., Yıldız, S., et al. (2023). “Toward an understanding of the exchange in ancient scented oils through organic residue analysis of Bronze Age Near Eastern ceramic bottles.” Archaeometry, 55, 1‑22. DOI 10.1111/arcm.12852

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